Le journal de Lou

Arrivée à bon port

J’ai enfin revu la mer. Je l’ai même revu deux fois depuis hier. Hier. On en parle ?

Comme promis, ma journée a commencé par une heure de conduite. Si je remonte mes écrits, je pourrais retrouver la date à laquelle j’ai décidé d’agir et de provoquer le destin.

Donc rendez-vous à l’aube pour une petite balade en quatre roues et un double défi. D’une part, je n’ai pas eu l’occasion de conduire depuis des mois et j’avais besoin de me remettre à niveau avant de tout oublier. Je pense que je n’ai pas trop perdu de mes réflexes sécurité de jeune conductrice mais il faudrait que je m’exerce à nouveau sur voie rapide car mon insertion était franchement chevaleresque : "c’est ma route, poussez-vous, j’arrive !". C’était moi et je suis vraiment désolée si vous avez croisé mon chemin.

L’idée était aussi de reprendre contact avec Fr&d. Je ne suis pas passée par quatre chemins : j’ai demandé son numéro à mon moniteur, Wi£, avec qui je me suis toujours très bien entendue. Je savais que ma requête le mettrait dans une position délicate et j’ai beaucoup travaillé pour résister au sentiment de culpabilité qui suivrait. Son malaise faisait partie de mon plan. Je m’étonne moi-même : j’ai fait un plan. Pauvre fille ! Et pauvre Wi£ ! Ça ne me ressemble tellement pas de passer par un intermédiaire. Je m’en veux de l’avoir impliqué et "manipulé" pour arriver à mes fins. Car je suis arrivée à mes fins. Depuis je suis fixée sur plusieurs points.

Tout d’abord, l’emprise exercée par S@r@h m’a été confirmée voire étendue. Wi£ partageait à haute voir le dilemme dans lequel je l’avais poussé : est-ce qu’il devait directement demander à Fr&d la permission ? ou est-ce qu’il devait d’abord demander l’autorisation à S@r@h ? Il a choisi cette deuxième option qu’elle m’a gracieusement accordé. J’espère que Wi£ n’aura pas à le payer…

Je l’ai remercié et je suis partie en vacances, le numéro de téléphone tant convoité soigneusement sauvegardé dans mon répertoire. J’ai peine à croire de l’audace qu’il m’a fallu pour passer à l’action et encore plus qu’il m’ait fallu plus de 24 heures avant d’écrire un SMS. Parce que c’était bien le but, n’est-ce pas ?

J’en n’étais plus si sûre. J’étais là, heureuse d’être dans ce bus, d’avoir tenu bon dans ma détermination à garder cette personne qui a eu tant d’influence positive dans ma vie… Alors quoi ?

Parce que cela fait des semaines que j’apprends à me trouver, que je me sens avancée tout doucement (mais vraiment en slow motion), que je fais une sorte de bilan et que je commence à prendre goût à cette découverte… Pourquoi devrais-je mettre tout ça en péril ? Est-ce que quelqu’un en vaut la peine ? Est-ce simplement bon pour moi ?

Je pense sincèrement qu’à ce moment précis de ma vie, il m’a aidé à prendre conscience d’un millier de choses que j’ignorais de moi-même. Je lui en serai éternellement reconnaissante. J’ai réagi très fort à cette attention soudaine, imprévue et totalement nouvelle. J’ai beaucoup essayé de deviner ce que ça voulait dire pour moi et pour lui. Je me suis créée parfois des noeuds et des sous-titres à essayer de comprendre avant de finalement et tardivement décider de laisser le temps faire ou défaire… Depuis le début, aussi sûr qu’il était écrit, je savais qu’on ne pourrait pas m’aimer. Comme je ne peux pas aimer. Il semblerait que je ne sois pas faite pour ça.

Je lui ai finalement envoyé un SMS ce matin. Je ne sais pas si j’en avais vraiment envie ou si c’était simplement pour aller jusqu’au bout, refermer la boucle et, dans cet absolu, ne pas avoir de regret. Il m’a répondu. Mon coeur a fait un petit bond et s’est reposé aussitôt alors qu’il aurait dû exploser si c’était ce que j’ai cru être le début de l’amour. Je me suis déçue puis apaisée.

Je sais à présent qu’il a bien eu mon message en juin. Je suis rassurée qu’il ne soit pas tombé entre de mauvaises mains. Je pense avoir compris à travers sa réponse qu’il n’avait pas forcément imaginé rester en contact avec moi même si ça ne le dérange pas - ce que je comprends et accepte. Je n’insisterai pas. Peut-être un message pour les fêtes de fin d’année et encore… Je verrai bien.

En vérité, je suis contente d’avoir pu lui écrire personnellement et lui souhaiter qu’il aille bien dans sa nouvelle vie. Il sait qu’il peut toujours m’écrire. J’espère qu’il sait qu’il peut compter sur moi. Et je sais que je ne regrette rien.