Le journal de Lou

Premières feuilles d'automne

Cette fois-ci, c’est l’automne. J’adore cette transition comme le printemps. Les couleurs de la renaissance et du déclin. Ces saisons sont poétiques. Rimes à part, ma vie semble suivre à peu près les mêmes phénomènes. Avec ces journées et l’humeur qui raccourcissent, ces alternances d’averses et de rayons de soleil. Les nuits fraiches, la gorge qui gratte et le nez qui coule aussi. Ces questions existentielles de mi-saison : ballerines ou bottines ? Si seulement mes angoisses pouvaient se limiter à ce genre de dilemme.

Je fais une permanence sur un autre site le jeudi après-midi. Ce moment me permet de me mettre au calme, me concentrer, ne plus être interrompue dans mon travail ni d’être obligée de parler puisque j’y vais seule. Une semaine sur deux (comme ce fut le cas hier), c’est aussi le début du week-end pour moi.

Hier était un peu spécial. Il y avait une animation auprès du personnel et ma collègue devait y participer. Elle m’a proposé de profiter de la voiture de la manager avec qui elle travaille sur ce projet. C’était appréciable parce que je ne me voyais pas faire le trajet à pieds sous la pluie. Et en même temps je savais comment ça se passerait et j’aurais préféré prendre l’eau. Moi sur la banquette arrière avec les déjeuners et leurs sacs et elles deux en grande discussion à partager leurs souvenirs de vacances. Même si on m’avait parlé je n’aurais rien eu à dire puisque je n’ai pas eu un seul jour de congés cet été. Mais simple question de politesse. Je pense avoir une petite idée de ce que peut ressentir un carton de meubles IKEA. Ce sentiment d’exclusion, déjà omniprésent dans mon quotidien, se renforce dans ces instants. Heureusement, la voiture avait un toit de verre et je pouvais me défenestrer comme l’aurait fait Amélie Nothomb. Un saut de l’ange vers le ciel.

Après l’animation, ma collègue est revenue dans le bureau et elle m’a reparlé d’un message que son ex lui avait envoyé. Elle m’en avait déjà parlé le matin et elle se disait perturbée car elle ne connaissait pas les réelles motivations de cette reprise de contact. Je pense avoir sous-estimé l’impact que ce simple message a eu sur elle. Comme elle a une tendance à se vanter du nombre d’hommes de la boite qui voudraient coucher avec elle (je ne sais pas si c’est vrai ou juste ce qu’elle croit), je pensais qu’elle en avait fait le deuil et qu’elle se confortait sur son pouvoir de séduction.

D’une heure sur l’autre, ses propos étaient contradictoires (ce qui est déjà pénible à suivre quand on ne demande rien) et elle ne me répondait pas quand je lui parlais. La connaissant, je n’ai pas insisté et j’étais trop contrariée pour lui poser des questions. Mais je lui ai juste rappelé qu’elle serait seule aujourd’hui avec notre nouveau collègue et qu’elle devrait éviter de l’ignorer comme elle l’a fait avec moi. Elle m’a dit : "je sais" et je me suis sentie profondément blessée.

Ce n’est pas comme si elle avait fait totale abstraction de ce qu’il se passait autour d’elle, comme si c’était involontaire de sa part. Elle m’a volontairement ignoré. Pour qui elle me prend ? C’en était trop. Sur le chemin du retour, j’ai préféré prendre un autre itinéraire pour ne pas laisser ma déception se transformer en colère. Si elle a besoin de soutien à sens unique, qu’elle puise l’empathie de quelqu’un d’autre.

Elle m’avait parlé d’une pièce de théâtre qu’elle voulait qu’on aille voir toutes les deux. J’étais contente qu’elle ait envie de passer du temps hors du travail avec moi. La pièce ne me dit rien mais je suis prête à sortir et à découvrir. Ma ville la propose d’ailleurs dans son programme culturel de l’année et j’étais censée aller voir à la mairie si des places sont disponibles. Mais avec tout ça, je ne sais pas si elle est sincère. Elle m’avait dit aussi qu’on se ferait un restaurant et qu’elle me ferait découvrir un marchand de glaces par chez nous… mais rien. Rien que des paroles en l’air. Je sais bien que tenir ses promesses n’est pas une priorité absolue dans une vie.