Le journal de Lou

De retour à la maison

Je suis rentrée à la maison. Mes grands-parents ont eu la gentillesse de me reconduire en faisant l’aller-retour dans la journée. Nous avons déjeuné ensemble et ils ont repris la route… Je ne sais pas si ils ont vraiment apprécié ma présence auprès d’eux. Il faut dire que le relais est plutôt bien suivi depuis le mois d’août : mon oncle, mon père et maintenant moi… Ils ont peut-être aussi envie d’être un peu tranquilles. Mais nous nous reverrons bientôt pour les fêtes de fin d’année. Période que je redoute grandement.

Je n’ai pas été très bavarde pendant mon séjour. Ils m’ont parfois reproché d’être silencieuse et même de ne pas sourire. J’ai réalisé que j’ai totalement perdu l’habitude de vivre avec d’autres personnes. J’avais oublié qu’il fallait faire du bruit, dire un mot, toussoter, marquer son visage d’une expression correctement publique pour se manifester ou lancer une éventuelle conversation. Depuis que je vis seule, je n’ai plus à me donner tout ce mal. Je n’obéis plus qu’à mes propres règles.

J’ai pris quelques nouvelles de ma mère. Au moment où je montais dans le bus vendredi, elle m’annonçait qu’elle avait passé la soirée et une partie de la nuit aux urgences. Je lui ai passé un de ces savons ! Elle qui nous étouffe d’égocentrisme et de chantage affectif quand elle se casse un ongle a estimé qu’il n’était pas nécessaire de nous prévenir pour les choses graves. Je dirais qu’elle a fait une sorte de crise d’angoisse. "Comme moi" selon elle… Elle ne sait absolument pas de quoi elle parle ! Ils lui ont prescrit des examens complémentaires car ils n’ont rien diagnostiqué en l’examinant. Pour le moment, elle a bien récupéré (enfin je suppose puisqu’elle a repris ses plaintes) et se repose.

Donc de retour chez moi, je retrouve ce que j’y ai laissé… J’avoue couvrir une sorte de contre-coup au SMS de Fr&d mais ça se calme peu à peu. Mon esprit arrive de plus en plus à s’en détacher. Preuve que je gagne en force et en résistance. Ou alors est-ce moi qui arrive à me convaincre que tout ira mieux très vite... ?

Dans la foulée, mon amie d’enfance An@ m’a invité à sa pendaison de crémaillère à la fin du mois. J’ai très peur d’y aller mais je me suis dit qu’un peu de sociabilité ne me ferait pas de mal. Peut-être même que ça lui fera plaisir que je fasse l’effort de venir. Je me force à y aller, c’est vrai. Je n’ai pas envie de me retrouver au milieu d’inconnus qui fêteront gaiement le nouveau succès de la vie fantastique d’An@.

Nous nous étions perdues de vue et retrouvées l’année dernière. On se connait depuis la maternelle et aussi loin que je me souvienne elle a toujours été mon modèle. Parce que sa vie ressemble à un lissage brésilien et s’inspire de la perfection depuis qu’elle est petite. Il m’arrive encore de comparer ma vie à la sienne. Je sais que j’ai tort. Tout simplement parce que nous ne sommes pas parties dans la vie avec la même histoire ni la même égalité de chances. Je suppose qu’il y a du naturel de voir ce que les autres, au même âge, ont fait de leur vie. Et comme d’habitude, An@ me dépasse en tous points. Sans le vouloir, elle renforce mes insécurités.

La date de cette crémaillère est tout de même judicieusement mal placée : elle tombe pile entre le premier anniversaire de sa petite fille et son anniversaire. Je dois me lancer à la recherche de cadeaux qui sauront plaire sachant que je n’ai pas la moindre idée de la façon dont elle compte aménager son nouvel appartement ni ce qu’elle possède déjà. Est-ce qu’il y a un dress code pour ce genre de sauterie ? Je suis tellement à côté de la plaque !

"L’amie effilochée" (que j’appellerai Lid à partir de maintenant) m’a également proposé que l’on se voit cette semaine. Depuis la dernière fois, elle a de nouveau dû se rendre à l’hôpital. Elle a saigné abondamment pendant deux semaines avant de se décider à consulter. Mais en prenant le temps d’envoyer les messages associés à ce nouvel épisode tout de même. Tous étaient tournés comme si je lui devais d’être mêlée à sa déchéance. Pourquoi avoir attendu tout ce temps, ne pas avoir appelé les pompiers plutôt qu’une copine véhiculée, et juste s’être nourrie normalement ?

Je me demande quand est-ce qu’elle comprendra qu’elle seule peut se gérer et s’assumer. Je n’ai pas répondu tout de suite. D’abord parce que j’attends que mon frère me dise ses disponibilités (car il sera toujours prioritaire) ; ensuite parce que je ne suis pas certaine d’avoir envie de la revoir. Je ne souhaite pas qu’elle franchisse à nouveau le seuil de ma porte. Je crois que je n’ai plus du tout confiance en elle.