Le journal de Lou

L'amie effilochée

De retour de ma séance de sport ce matin, je me suis rappelée un peu tardivement qu’aujourd’hui est l’anniversaire d’une des rares amies que j’ai eue. On s’est rencontrées via Skyblog il y a vingt mille ans de ça grâce à une passion commune ("Harry Potter", anyone?).

Au fil des années, je suis la première à m’être essoufflée en me rendant compte que sa vie se calquait entièrement sur la mienne. Nous partagions tout et je ne saurais dire à quel moment ça m’a exaspéré, où j’ai estimé que c’en était trop, qu’elle était en trop. Je voulais faire mes choix pour moi sans être influencée par son opinion. C’est comme si je ne pouvais plus, soudainement, avoir de l’inspiration pour nous deux. J’avais envie de vivre égoïstement, de me lancer dans des projets et de les suivre sans avoir cette ombre de moi-même pour compagnie. Je voulais avoir mes trucs, de nouvelles passions, trouver mes centres d’intérêt mais elle finissait par percer mon jardin secret quitte à en forcer la serrure.

Cet excès de relation devenait nocif et je me suis volontairement détachée. J’ai organisé mon grand voyage en solitaire. Je lui ai caché ma proposition de logement le plus tard possible. Je devais emménager à mon retour de Nouvelle-Zélande mais elle a dû se sentir "en retard" sur quelque chose et s’est engagée dans un projet immobilier avant mon retour. Elle ne m’a jamais invité chez elle et je n’ai jamais cherché à y aller. Je n’ai même pas son adresse. Je pense que c’est sa façon à elle de se venger. Ca me rend triste pour elle parce que ça ne m’a jamais rien fait.

Aujourd’hui, c’est à son tour de passer le cap de la trentaine. Je lui ai envoyé un message pour lui transmettre mes voeux. Elle ne m’a même pas dit merci. Elle s’est juste plaint en me disant ce qu’elle n’ose pas dire aux intéressés. L’amertume qu’elle ressent en ce jour où elle aimerait être entourée, être surprise. Elle dit que les gens s’inquiètent et prennent de ses nouvelles que quand elle montre qu’elle va mal. Quand je demande de ses nouvelles, elle répond rarement avant 2 jours. Sa famille l’a invité hier soir à diner mais ça ne lui suffit pas. Ses nouvelles copines toutes très affairées et son mec du moment dépressif n’ont pas eu l’idée de lui organiser quelque chose. Elle voulait des paillettes pour ses 30 ans… Des paillettes et l’ivresse de ses derniers jours.

Je me suis souvenue de mon propre anniversaire et de ses derniers messages. Elle, elle pense à moi que lorsqu’elle panique. Ce n’est pas pour prendre de mes nouvelles mais parce qu’elle a besoin d’être victimisée et d’être engueulée. Depuis le début de l’année, j’ai eu le droit à trois messages pour suspicions de grossesse et un après son bad-trip dans une piscine moussante lors de la nuit blanche la semaine dernière.

Prendre la pilule - se protéger globalement - n’a jamais été sa priorité. Un jour, elle en fera les frais et tous les SMS du monde ne suffiront pas à changer la donne. Elle pourrait tomber gravement malade à force de changer de partenaires. Et elle pourrait effectivement tomber enceinte. Je sais qu’elle aimerait avoir un bébé mais elle n’a pour le moment pas les moyens de subvenir à ses besoins - d’où ce mélange de joie et d’angoisse quand elle pense l’être. J’ai l’impression qu’en prenant tous ces risques, elle cherche à provoquer le destin sans réfléchir aux conséquences.

Elle a tellement changé que je n’arrive plus à passer du bon temps avec elle. La dernière fois qu’elle est passée à la maison, elle avait apporté des bières qu’elle a bu seule… On ne s’était pas vues depuis longtemps et nous avons parlé de nos vies jusque tard. Je ne me sentais plus du tout en phase avec ses idées arrêtées et saoules, cette façon légère et cruelle dont elle se permettait de juger ma vie. Comme si la sienne était meilleure, comme si elle était un exemple à suivre.

Mais regarde-toi bien en face. Bon anniversaire quand même.