Le journal de Lou

Le baisemain

Suite à cette journée la soirée était plutôt morose même si c’est toujours un soulagement de passer le seuil de l’appartement et de pouvoir changer de peau. Être soi-même sans avoir à rendre de compte ou maquiller ces sentiments.

Je n’ai rien fait de spécial avant d’aller me coucher. Je me suis plongée dans mon livre pour oublier cette journée. Je suis assez déçue des livres dans lesquels j’ai investis depuis quelques mois. Je les trouve insipides, monocordes, plein d’illusions et de moralités. Plein de choses qui n’arrivent jamais ou bien qu’aux autres ou juste dans les livres. Si vous avez des recommandations, je suis ouverte à toutes suggestions.

Au fil des pages, je raccroche mes petits wagons émotionnels aux péripéties de certains personnages et, au lieu de m’évader comme je le voudrais, je revis ces similitudes qui ont traversées dernièrement ma vie.

J’ai pleuré si fort. J’en ai prié mon départ de ce monde où je n’arrive pas à avoir ma place, où la vie et ces gens marchent à côté de moi sans me laisser leur prendre la main. Pour me montrer le chemin et me guider. Je voudrais aimer passionnément la vie comme j’aime tourner les pages d’un bon livre. A l’exception que j’ai la certitude que les livres sont faits pour moi.

Inévitablement, je pense à lui - ou plutôt à cette personne qui est en lui et qui a accompagné ce que j’ai vécu de plus grand et sincère à ce jour. Je croyais que son nom était inscrit dans mon histoire… Je me suis trompée. Je voudrais réussir à écrire ce que je ressens mais tout est si à vif…

Je me suis endormie comme ça. Pour une fois, j’ai passé la nuit sans me réveiller toutes les heures et je me suis levée naturellement. Je veux dire sans bruit parasite de réveil ou de dehors. Ma figure et mes paupières étaient gonflées. C’est étrange comme le chagrin peut fracturer l’âme jusqu’en déformer un visage.

Je suis allée faire du sport après le petit-déjeuner. Je m’étais dit que ça me ferait du bien de me défouler. A mi-parcours, il y a ce vieux monsieur que je vois de temps en temps qui est arrivé. Il doit avoir plus de 90 ans et marche lentement, courbé sur lui-même. Il continue de s’entretenir à son âge ce qui est respectable et courageux de sa part. Comme personne ne lui prête attention, je l’aide à s’installer sur les machines. Il me dit le poids qu’il souhaite et je garde un oeil sur lui.

Hier, il m’a fait un baisemain quand je lui ai dit bonjour. Je suis retournée à mon exercice, surprise par cette galanterie. Je me suis rappelée qu’il ne voit rien à un mètre et que je ne dois être qu’une voix pour lui mais c’est toujours plus que ce que je suis habituellement aux yeux des autres. J’ai enfoui ma tête dans ma serviette et mes larmes ont repris : ça faisait si longtemps qu’on n’avait pas été gentil avec moi.