Le journal de Lou

Qu'on lui tranche la tête

Pour la première fois depuis que je suis dans cette entreprise, j’ai participé à un entretien pour rompre le contrat d’une alternante que j’ai recrutée l’année dernière. J’ai déjà eu l’occasion de préparer des documents de rupture de contrat mais toujours à l’initiative de l’étudiant ou du salarié. Cette fois-ci, c’est le manager qui a souhaité mettre fin à cette collaboration et il m’a demandé de l’assister dans sa démarche.

Je suis novice en la matière et cette nouveauté n’a vraiment rien de plaisant. Jusqu’à ce jour, je me suis toujours enthousiasmée à l’idée de donner sa chance à un jeune, d’aller sur le terrain pour découvrir tous ces profils. C’est vraiment la partie de l’expérience la plus enrichissante. Fatigante mais tellement pleine de vie !

Les études supérieures coutent très chères et ne sont pas accessibles à tous quoiqu’on en dise. Quand ils auront fini leurs études, ces jeunes auront un diplôme bien plus élevé que le mien et gagneront le triple de mon salaire annuel. Mais j’adore les voir évoluer, réussir, passer en CDI ou partir pour de nouvelles aventures vers des postes surdimensionnés…

Et quand ça ne marche pas ? J’avoue ne jamais y avoir pensé avant aujourd’hui. C’est aussi dur à entendre qu’à dire. Lui retirer cette opportunité, c’est lui couper les vivres et toutes ses chances de réussir son année. J’ai passé la journée à me répéter qu’à 14:00 je devrais lui couper la tête comme un bourreau. J’ai détesté ce que j’ai fait jusqu’au moindre mot.

Elle a été très courageuse. Elle n’a pas eu le temps de se préparer. Elle a dû encaisser la nouvelle avec beaucoup de retenue et puis inévitablement les larmes ont commencé à couler. On l’a laissé un moment et je suis revenue seule. J’avais besoin de la réconforter. Je me suis demandée ce que j’aurais aimé entendre si j’avais été à sa place. Je ne sais pas si c’est elle ou moi que j’essayais de confondre et de convaincre dans ces belles paroles. Elle s’est recomposée un visage et je l’ai invité à rentrer chez elle.

A l’heure qu’il est, elle doit être en train de soigner sa déception. Ou peut-être en train de nous maudire.

Je suis vidée. Quelle journée de merde !