Le journal de Lou

Quand la victime devient bourreau

Je ne me trompais pas. Derrière toute sa fragilité et la crise de larmes se cachaient un petit démon. Avec les cornes et la fourche.

Le retour du couperet a été violent. Une belle surprise m’attendait en ouvrant ma boite mail : la jeune de mon dernier écrit a pris le temps de répondre. Elle refuse la rupture - ce qui est totalement dans son droit et je ne le discuterai pas.

La connaissant, je doute fortement que ça soit de sa prose : les mots sont soigneusement choisis et particulièrement accusateurs. Il y avait de la haine dans ses propos. J’en ai reçu un deuxième dans la journée, beaucoup plus agressif, impertinent et surtout faux. Malheureusement en mettant la planète entière en copie, elle s’est tournée en ridicule.

Elle est prête à rester en sachant qu’avec des messages comme ceux qu’elle a envoyés, on ne lui fera plus jamais confiance. Ce genre d’attitude me dégoûte. J’en regretterais presque les longues minutes de consolation que je lui ai consacrées. C’est fou de voir les risques que les gens sont prêts à prendre quand ils estiment qu’ils n’ont plus rien à perdre. Je n’arriverai jamais à me faire à l’idée qu’on puisse me cracher au visage alors que j’étais la première à y croire et à vouloir donner sa chance à quelqu’un. Les gens n’ont aucun respect, aucune reconnaissance.

Elle doit reprendre le travail dès lundi matin. Elle qui avait honte de retourner dans le bureau et d’avoir à passer devant ses collègues pour reprendre ses affaires. Comme si sa rupture de contrat allait être annoncée dans les couloirs avec un gigaphome et qu’on l’attendait avec un caisson de tomates. Elle va devoir assumer son retour et justifier son temps de présence. Il n’y aura toujours pas de lancer de tomates mais elle aura de sérieuses raisons d’avoir honte cette fois-ci. Mon accueil sera beaucoup moins empathique.