Le journal de Lou

Relationnel en carton

Je crois que pour m’aider à tenir le coup et à garder le moral il faut aussi que je continue à écrire ce qui ne va pas. Je vais mieux, c’est vrai. Je suis fière d’arriver à garder la tête hors de l’eau pendant plusieurs semaines. J’apprends à relativiser mais j’aurais du mal à tenir ce cap si je ne m’avoue pas qu’il subsiste encore des contrariétés. Il y a des moments où j’aimerais avoir un numéro de téléphone spécial qui ferait office de soutien psychologique et qui m’aiderait à passer à autre chose plus rapidement.

Est-ce bien utile de parler de Fr&d ? Cela fait plus d’une semaine que j’ai répondu à son message et qu’il ne m’a pas répondu. Je ne suis plus fâchée mais je me demande simplement si il ose répondre après tout ce temps, est-ce que ça serait trop de ma part de lui dire ce que je pense de cette façon de faire, de me traiter ? C’est ça ou l’ignorer à mon tour. Cette fois-ci je sais que j’ai la force de ne pas donner suite. Pas pour lui rendre la pareille, juste pour être en accord avec moi-même. Pourquoi devrais-je accorder du temps et donner du pouvoir à une personne qui ne me respecte pas ?

C’est comme ma collègue qui m’a demandé indirectement si je lui faisais confiance. Il est vrai que je m’entends très bien avec elle et que nous avons des points communs et une complicité que je n’ai pas avec les autres (même si on reste tous très cordiaux entre nous). Je n’ai pas osé répondre car en me posant la question, je me suis rappelée de toutes les fois où elle m’a déçu. Je n’y pense plus parce que je suis passée à autre chose mais je ne suis pas certaine de pouvoir affirmer que je lui fais entièrement confiance car elle ne s’est pas toujours montrée fiable. Et puis mon historique professionnel m’a laissé un goût amer sur la confiance presque aveugle que j’ai pu accorder à une collègue très proche qui m’a odieusement trahie. Depuis je suis méfiante…

J’ai déjeuné avec ma mère cette semaine. Depuis ses petits soucis de santé, elle est encore plus centrée sur elle-même qu’avant. J’ai découvert un super endroit pour manger et je lui ai proposé qu’on s’y rejoigne pour changer de nos habitudes. Elle n’a pas du tout pris de mes nouvelles, je l’ai juste écouté. Elle m’a parlé des examens qu’elle avait passé. Le coeur est sauf mais elle souffre d’hypertension et d’insuffisance rénale. Il faut dire que depuis qu’elle s’est remariée, elle vit dans l’excès. Ca va des repas gastronomiques dans de grands restaurants au petit verre d’alcool accompagné de charcuteries tous les soirs… Elle a aussi pris beaucoup de poids depuis qu’elle a arrêté le sport. Son organisme ne doit pas comprendre ce qu’il se passe.

Elle essayait de me faire comprendre à quel point cela avait relevé d’un effort exceptionnel de ne pas avoir bu depuis 10 jours. Je me demande si elle ne force pas aussi le trait car elle ne cache plus sa démotivation à aller travailler. Elle se fait arrêter régulièrement et maintenant elle va jusqu’à traverser toute la région pour se faire prolonger. Ca me fait sourire jaune parce qu’elle critique toujours beaucoup ses autres collègues lorsqu’ils font pareils. Aux dernières nouvelles, elle est dans la démarche de se faire dispenser d’appels téléphoniques auprès de la médecine du travail - ce qui s’avère être plus compliqué que prévu.

Au moment de nous quitter, nous devions prendre le même métro. Elle avait seulement deux arrêts à faire et j’en avais davantage vers une direction spécifique. Au lieu d’attendre avec moi les trois minutes qui me séparaient de mon train pour faire ses deux arrêts ensemble, elle est tout de suite montée dans le premier métro qui passait. Elle m’a planté sur le quai après m’avoir dit : "Si j’avais su jouer de la guitare, je n’aurais jamais fait d’études." Je me suis sentie rejetée, abandonnée. Deux arrêts, c’est pourtant si peu… Je crois qu’elle ne s’est pas rendue compte de ce qu’elle disait.

Mon frère aura bientôt 21 ans. Je me rends compte que je vieillis à travers lui. Mon anniversaire ne me fait rien. C’est comme les enfants qu’on n’a pas vu depuis longtemps. On s’aperçoit qu’ils ont appris à marcher, à parler, à lire… Que le temps a continué à défiler sans nous attendre.

Il a une petite amie depuis quelques mois. Je ne sais pas si c’est sérieux et je ne lui force jamais la main pour m’en parler. C’est sa vie privée. Je sais qu’il met un point d’honneur à la réalisation de ses études en priorité. Je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer sa copine mais je sais que notre mère en fait une affaire d’état. C’est la première fois qu’un de ces enfants a quelqu’un dans sa vie… Parfois on pense que les événements de la vie arrivent dans un ordre qui nous parait normal et logique mais il n’en est rien. Je pensais avoir aimé avant mon petit frère.

J’ai appris par mes grands-parents que mon père avait des soucis à son travail. Il aurait été "remercié" de son ancien service et déplacé vers un autre encore plus précaire. Les missions ne sont pas tout à fait les mêmes et il ne se sent pas très bien. Du coup, il s’est mis en relation avec sa DRH afin de présenter son CV pour un autre poste. Je savais qu’il refuserait mais je pensais qu’avec mon "nouveau" métier, il serait d’autant plus légitime de lui proposer d’y jeter un oeil et de l’aider à se vendre. C’était stupide de ma part. Parce qu’il refuse toujours tout ce qui vient de moi.