Le journal de Lou

Sinusite aiguë

Je suis officiellement malade. Je profite d’un moment de mieux pour me faire un thé (ou plutôt du miel au thé) et écrire un peu.

J’ai beaucoup lutté ses derniers jours pour ne pas m’écouter mais je suis vaincue. Je crois qu’inconsciemment je m’oblige à mettre un rendez-vous ou un dossier important par jour dans mon planning de travail pour m’obliger à y aller au moins pour ça même si je ne passe pas de meilleure journée pour autant.

Mes missions se résument aux tâches que les autres n’ont pas ou plus envie de faire. A croire que mon poste a été créé rien que pour ça. Et on me laisse entendre que je m’y prends pas comme il faudrait alors que je ne fais que reproduire ce qu’on m’a si gentiment délégué. J’occupe ce poste depuis plus d’un an et demi et toutes les phrases que j’entends continuent de commencer par : "tu devrais". Il y a toujours une personne pour me montrer que mes efforts, mon implication et ma façon de faire ne sont pas indispensables. Je devrais peut-être retourner à mon premier métier, à quelque chose d’acquis. J’aborderai le sujet lors de mon évaluation de milieu d’année.

Alors après cette nuit où le simple fait de respirer et d’avaler ma salive était très douloureux, j’ai renoncé à m’imposer au bureau. En plus de me sentir inférieure dans mon travail, j’aurais sans doute eu des remarques : ma mauvaise mine, ma voix éteinte, mes mouchoirs, mes microbes… J’ai même eu un commentaire sur la matière de mon pantalon de mardi. Un petit tour au médecin était la meilleure chose à faire pour aujourd’hui. Je suis arrêtée jusqu’à la semaine prochaine.

Le théâtre de ma ville m’a répondu que la pièce de théâtre que ma collègue voulait voir avec moi était complète. Quelque part, j’ai pris ça pour un signe. J’étais soulagée. Je n’aurai pas à jouer la comédie et elle n’aura pas à faire semblant d’être contente de passer du temps avec moi.

Notre nouveau collègue en est toujours au même point. Je ne sais pas l’expliquer de façon rationnelle mais il est bien trop poli pour être vrai. Il continue de venir travailler dans son costume de mariage. Il a un besoin maladif d’attention et tente systématiquement de s’introduire dans la conversation des autres pour faire vitrine de son intelligence. Un m’as-tu-vu en opération séduction.

Même à la question "quel est ton fromage préféré ?", il a trouvé le moyen de faire l’apologie du cheddar à cause de son éducation anglaise. Et moi j’aime le chocolat parce que mes ancêtres sont belges, c’est ça ? Il faut savoir qu’il nous a été présenté indien, qu’il m’a dit être d’origine malgache "comme moi" et britannique en équipe. Hello dude : quel genre de britannique demande de l’aide pour traduire trois phrases en anglais ? ! Je me demande de quelle origine il sera la semaine prochaine. Si il ne fait pas plus attention dans ses incohérences et son cruel manque de naturel, il risque de perdre toute crédibilité assez vite.

Hier je l’ai regardé faire les cent pas dans le bureau avec un énorme livre juridique à la main. Ses lèvres se mouvaient en prière silencieuse et il s’arrêtait de temps à autre, yeux clos et doigts sur l’arête du nez, totalement habité par sa lecture. J’ai failli exploser de rire tellement c’était ridicule !

Je n’ai sûrement pas le tiers de ses connaissances (même si je ne jurerais pas qu’elles soient véridiques à 100%) mais ce type n’est pas clair et je me méfie vraiment de lui. Et je crois qu’il le sent.