Le journal de Lou http://lou.journalintime.com/ fr 2017-09-21T16:42:00+02:00 http://lou.journalintime.com/Sinusite-aigue Sinusite aiguë Je suis officiellement malade. Je profite d'un moment de mieux pour me faire un thé (ou plutôt du miel au thé) et écrire un peu. J'ai beaucoup lutté ses derniers jours pour ne pas m'écouter mais je suis vaincue. Je crois qu'inconsciemment je m'oblige à mettre un rendez-vous ou un dossier important par jour dans mon planning de travail pour m'obliger à y aller au moins pour ça même si je ne passe pas de meilleure journée pour autant. Mes misions se résument aux tâches que les autres n'ont pas ou plus envie de faire. A croire que mon poste a été créé rien que pour ça. Et on Je suis officiellement malade. Je profite d’un moment de mieux pour me faire un thé (ou plutôt du miel au thé) et écrire un peu.

J’ai beaucoup lutté ses derniers jours pour ne pas m’écouter mais je suis vaincue. Je crois qu’inconsciemment je m’oblige à mettre un rendez-vous ou un dossier important par jour dans mon planning de travail pour m’obliger à y aller au moins pour ça même si je ne passe pas de meilleure journée pour autant.

Mes misions se résument aux tâches que les autres n’ont pas ou plus envie de faire. A croire que mon poste a été créé rien que pour ça. Et on me laisse entendre que je m’y prends pas comme il faudrait alors que je ne fais que reproduire ce qu’on m’a si gentiment délégué. J’occupe ce poste depuis plus d’un an et demi et toutes les phrases que j’entends continuent de commencer par : "tu devrais". Il y a toujours une personne pour me montrer que mes efforts, mon implication et ma façon de faire ne sont pas indispensables. Je devrais peut-être retourner à mon premier métier, à quelque chose d’acquis. J’aborderai le sujet lors de mon évaluation de milieu d’année.

Alors après cette nuit où le simple fait de respirer et d’avaler ma salive était très douloureux, j’ai renoncé à m’imposer au bureau. En plus de me sentir inférieure dans mon travail, j’aurais sans doute eu des remarques : ma mauvaise mine, ma voix éteinte, mes mouchoirs, mes microbes… J’ai même eu un commentaire sur la matière de mon pantalon de mardi. Un petit tour au médecin était la meilleure chose à faire pour aujourd’hui. Je suis arrêtée jusqu’à la semaine prochaine.

Le théâtre de ma ville m’a répondu que la pièce de théâtre que ma collègue voulait voir avec moi était complète. Quelque part, j’ai pris ça pour un signe. J’étais soulagée. Je n’aurai pas à jouer la comédie et elle n’aura pas à faire semblant d’être contente de passer du temps avec moi.

Notre nouveau collègue en est toujours au même point. Je ne sais pas l’expliquer de façon rationnelle mais il est bien trop poli pour être vrai. Il continue de venir travailler dans son costume de mariage. Il a un besoin maladif d’attention et tente systématiquement de s’introduire dans la conversation des autres pour faire vitrine de son intelligence. Un m’as-tu-vu en opération séduction.

Même à la question "quel est ton fromage préféré ?", il a trouvé le moyen de faire l’apologie du cheddar à cause de son éducation anglaise. Et moi j’aime le chocolat parce que mes ancêtres sont belges, c’est ça ? Il faut savoir qu’il nous a été présenté indien, qu’il m’a dit être d’origine malgache "comme moi" et britannique en équipe. Hello dude : quel genre de britannique demande de l’aide pour traduire trois phrases en anglais ? ! Je me demande de quelle origine il sera la semaine prochaine. Si il ne fait pas plus attention dans ses incohérences et son cruel manque de naturel, il risque de perdre toute crédibilité assez vite.

Hier je l’ai regardé faire les cent pas dans le bureau avec un énorme livre juridique à la main. Ses lèvres se mouvaient en prière silencieuse et il s’arrêtait de temps à autre, yeux clos et doigts sur l’arête du nez, totalement habité par sa lecture. J’ai failli exploser de rire tellement c’était ridicule !

Je n’ai sûrement pas le tiers de ses connaissances (même si je ne jurerais pas qu’elles soient véridiques à 100%) mais ce type n’est pas clair et je me méfie vraiment de lui. Et je crois qu’il le sent.

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2017-09-21T16:42:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Les-brouillons-ne-sont-pas-visibles-aux-lecteurs Les brouillons ne sont pas visibles aux lecteurs A l'heure où je relisais mon premier écrit de vendredi, mon frère m'appelait. Dans la journée, il m'avait envoyé un SMS pour me dire que notre mère lui avait trouvé un appartement. Je suis littéralement tombée des nues. Je comprends que son temps de trajet joue un rôle très important dans son organisation d'étudiant. Science de l'ingénieur. Rien que ce titre en jette. Quand mon frère nous avait dit qu'il se lançait dans cette branche, on était tous impressionnés par son ambition. En SI, la charge de travail est juste énorme. Il est bon scientifique mais il ne sait pas du A l’heure où je relisais mon premier écrit de vendredi, mon frère m’appelait. Dans la journée, il m’avait envoyé un SMS pour me dire que notre mère lui avait trouvé un appartement. Je suis littéralement tombée des nues.

Je comprends que son temps de trajet joue un rôle très important dans son organisation d’étudiant. Science de l’ingénieur. Rien que ce titre en jette. Quand mon frère nous avait dit qu’il se lançait dans cette branche, on était tous impressionnés par son ambition. En SI, la charge de travail est juste énorme. Il est bon scientifique mais il ne sait pas du tout gérer son temps ni ses priorités. C’est généralement aux autres de le faire. C’est aussi un gros dormeur ce qui par définition ne rime pas avec ponctualité.

Son année a commencé sur un coup de bluff. Il s’est présenté à son école trois jours avant la rentrée en prétendant qu’il avait été appelé pour s’y inscrire - ce qui était faux bien entendu mais il a voulu tenter le coup. Il disait qu’il n’avait rien à perdre. Mon frère a encore une fois prouvé qu’il savait manipuler à son avantage. D’un côté j’étais contente qu’il ait trouvé une école et de l’autre j’espérais qu’il n’avait pas pris la place d’un autre étudiant… Plus le temps passe et plus j’arrive à me convaincre qu’il faut mentir pour réussir sa vie. Mon frère l’a compris.

Maintenant qu’il est sur les rails, il se rend compte de la réalité de ses choix et du temps quasi-inexistant qu’il lui reste pour réviser et vivre. Je sais qu’il n’a rien demandé et que c’est ma mère qui est à l’origine de la démarche. Ma réaction est aussi vive que partagée.

Je suis inquiète. Comment mon frère va réussir à subvenir à ses besoins alors qu’il ne gagne pas sa vie ? Notre mère et son père (nous n’avons pas le même père) vont lui payer le loyer en attendant les APL mais qu’en est-il du reste des factures : l’eau, l’électricité, le gaz, les meubles, la nourriture ? Certes il sera à 15 minutes à pieds de son école mais à quel prix… Notre chienne ira temporairement chez ma mère. C’est la seule qui va vraiment y gagner au change : une immense maison et un grand jardin rien que pour elle !

Je suis aussi soulevée par une vieille idée un peu rouillée qui grince de temps à autre. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ma mère n’aurait jamais fait ça pour moi. Là, en 24 heures, le problème est réglé aux frais de la princesse.

Mes parents croient beaucoup plus en mon frère qu’en moi. Mon père m’a même déjà dit qu’il trouvait mon frère plus intelligent que moi - ce qui est peut-être vrai après tout. Mes grands-parents m’ont dit très récemment que oui, j’avais toujours été mise à l’écart. Ce sentiment de favoritisme n’est pas une invention de ma part : il m’a été formulé de vive voix à plusieurs reprises tout au long de ma vie. Oh, je sais que c’est trop tard pour moi, que je n’aurai jamais les mêmes intentions ni la même attention.

Je me demande ce qu’il aurait fallu que je fasse pour être traitée à égalité. Mes parents m’ont refusé les études que j’aurais aimé faire même si j’avais toutes les aptitudes pour briller. Est-ce que les parents font un premier enfant juste pour s’essayer et en font éventuellement un deuxième comme on se laisse une seconde chance ? Ma vie n’était qu’un coup d’essai, la feuille de brouillon où on jette des idées un peu floues. Mon père m’a dit que si c’était à refaire, il ne le referait pas. Et c’est aussi ce qui rend dur de prendre goût à cette vie qu’on m’a donné quand je sais d’où je viens.

Est-ce une si mauvaise chose au bout du compte ? C’est juste très fatiguant de se battre, de se présenter sans être "désolée d’exister". Aujourd’hui je sais que tout ce qui m’appartient a été obtenu à la sueur de mon front. Ce que j’ai, je ne le dois à personne. J’aime à croire que moi aussi j’ai de quoi être fière de mon parcours même si il est très différent de celui de mon frère, même si il est aux antipodes de ce qu’on attendait peut-être de moi.

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2017-09-16T19:18:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Le-baisemain Le baisemain Suite à cette journée la soirée était plutôt morose même si c'est toujours un soulagement de passer le seuil de l'appartement et de pouvoir changer de peau. Être soi-même sans avoir à rendre de compte ou maquiller ces sentiments. Je n'ai rien fait de spécial avant d'aller me coucher. Je me suis plongée dans mon livre pour oublier cette journée. Je suis assez déçue des livres dans lesquels j'ai investis depuis quelques mois. Je les trouve insipides, monocordes, plein d'illusions et de moralités. Plein de choses qui n'arrivent jamais ou bien qu'aux autres ou juste dans les Suite à cette journée la soirée était plutôt morose même si c’est toujours un soulagement de passer le seuil de l’appartement et de pouvoir changer de peau. Être soi-même sans avoir à rendre de compte ou maquiller ces sentiments.

Je n’ai rien fait de spécial avant d’aller me coucher. Je me suis plongée dans mon livre pour oublier cette journée. Je suis assez déçue des livres dans lesquels j’ai investis depuis quelques mois. Je les trouve insipides, monocordes, plein d’illusions et de moralités. Plein de choses qui n’arrivent jamais ou bien qu’aux autres ou juste dans les livres. Si vous avez des recommandations, je suis ouverte à toutes suggestions.

Au fil des pages, je raccroche mes petits wagons émotionnels aux péripéties de certains personnages et, au lieu de m’évader comme je le voudrais, je revis ces similitudes qui ont traversées dernièrement ma vie.

J’ai pleuré si fort. J’en ai prié mon départ de ce monde où je n’arrive pas à avoir ma place, où la vie et ces gens marchent à côté de moi sans me laisser leur prendre la main. Pour me montrer le chemin et me guider. Je voudrais aimer passionnément la vie comme j’aime tourner les pages d’un bon livre. A l’exception que j’ai la certitude que les livres sont faits pour moi.

Inévitablement, je pense à lui - ou plutôt à cette personne qui est en lui et qui a accompagné ce que j’ai vécu de plus grand et sincère à ce jour. Je croyais que son nom était inscrit dans mon histoire… Je me suis trompée. Je voudrais réussir à écrire ce que je ressens mais tout est si à vif…

Je me suis endormie comme ça. Pour une fois, j’ai passé la nuit sans me réveiller toutes les heures et je me suis levée naturellement. Je veux dire sans bruit parasite de réveil ou de dehors. Ma figure et mes paupières étaient gonflées. C’est étrange comme le chagrin peut fracturer l’âme jusqu’en déformer un visage.

Je suis allée faire du sport après le petit-déjeuner. Je m’étais dit que ça me ferait du bien de me défouler. A mi-parcours, il y a ce vieux monsieur que je vois de temps en temps qui est arrivé. Il doit avoir plus de 90 ans et marche lentement, courbé sur lui-même. Il continue de s’entretenir à son âge ce qui est respectable et courageux de sa part. Comme personne ne lui prête attention, je l’aide à s’installer sur les machines. Il me dit le poids qu’il souhaite et je garde un oeil sur lui.

Hier, il m’a fait un baisemain quand je lui ai dit bonjour. Je suis retournée à mon exercice, surprise par cette galanterie. Je me suis rappelée qu’il ne voit rien à un mètre et que je ne dois être qu’une voix pour lui mais c’est toujours plus que ce que je suis habituellement aux yeux des autres. J’ai enfoui ma tête dans ma serviette et mes larmes ont repris : ça faisait si longtemps qu’on n’avait pas été gentil avec moi.

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2017-09-16T12:39:07+02:00
http://lou.journalintime.com/Brouillon-visible Premières feuilles d'automne Cette fois-ci, c'est l'automne. J'adore cette transition comme le printemps. Les couleurs de la renaissance et du déclin. Ces saisons sont poétiques. Rimes à part, ma vie semble suivre à peu près les mêmes phénomènes. Avec ces journées et l'humeur qui raccourcissent, ces alternances d'averses et de rayons de soleil. Les nuits fraiches, la gorge qui gratte et le nez qui coule aussi. Ces questions existentielles de mi-saison : ballerines ou bottines ? Si seulement mes angoisses pouvaient se limiter à ce genre de dilemme. Je fais une permanence sur un autre site le jeudi après-midi. Cette fois-ci, c’est l’automne. J’adore cette transition comme le printemps. Les couleurs de la renaissance et du déclin. Ces saisons sont poétiques. Rimes à part, ma vie semble suivre à peu près les mêmes phénomènes. Avec ces journées et l’humeur qui raccourcissent, ces alternances d’averses et de rayons de soleil. Les nuits fraiches, la gorge qui gratte et le nez qui coule aussi. Ces questions existentielles de mi-saison : ballerines ou bottines ? Si seulement mes angoisses pouvaient se limiter à ce genre de dilemme.

Je fais une permanence sur un autre site le jeudi après-midi. Ce moment me permet de me mettre au calme, me concentrer, ne plus être interrompue dans mon travail ni d’être obligée de parler puisque j’y vais seule. Une semaine sur deux (comme ce fut le cas hier), c’est aussi le début du week-end pour moi.

Hier était un peu spécial. Il y avait une animation auprès du personnel et ma collègue devait y participer. Elle m’a proposé de profiter de la voiture de la manager avec qui elle travaille sur ce projet. C’était appréciable parce que je ne me voyais pas faire le trajet à pieds sous la pluie. Et en même temps je savais comment ça se passerait et j’aurais préféré prendre l’eau. Moi sur la banquette arrière avec les déjeuners et leurs sacs et elles deux en grande discussion à partager leurs souvenirs de vacances. Même si on m’avait parlé je n’aurais rien eu à dire puisque je n’ai pas eu un seul jour de congés cet été. Mais simple question de politesse. Je pense avoir une petite idée de ce que peut ressentir un carton de meubles IKEA. Ce sentiment d’exclusion, déjà omniprésent dans mon quotidien, se renforce dans ces instants. Heureusement, la voiture avait un toit de verre et je pouvais me défenestrer comme l’aurait fait Amélie Nothomb. Un saut de l’ange vers le ciel.

Après l’animation, ma collègue est revenue dans le bureau et elle m’a reparlé d’un message que son ex lui avait envoyé. Elle m’en avait déjà parlé le matin et elle se disait perturbée car elle ne connaissait pas les réelles motivations de cette reprise de contact. Je pense avoir sous-estimé l’impact que ce simple message a eu sur elle. Comme elle a une tendance à se vanter du nombre d’hommes de la boite qui voudraient coucher avec elle (je ne sais pas si c’est vrai ou juste ce qu’elle croit), je pensais qu’elle en avait fait le deuil et qu’elle se confortait sur son pouvoir de séduction.

D’une heure sur l’autre, ses propos étaient contradictoires (ce qui est déjà pénible à suivre quand on ne demande rien) et elle ne me répondait pas quand je lui parlais. La connaissant, je n’ai pas insisté et j’étais trop contrariée pour lui poser des questions. Mais je lui ai juste rappelé qu’elle serait seule aujourd’hui avec notre nouveau collègue et qu’elle devrait éviter de l’ignorer comme elle l’a fait avec moi. Elle m’a dit : "je sais" et je me suis sentie profondément blessée.

Ce n’est pas comme si elle avait fait totale abstraction de ce qu’il se passait autour d’elle, comme si c’était involontaire de sa part. Elle m’a volontairement ignoré. Pour qui elle me prend ? C’en était trop. Sur le chemin du retour, j’ai préféré prendre un autre itinéraire pour ne pas laisser ma déception se transformer en colère. Si elle a besoin de soutien à sens unique, qu’elle puise l’empathie de quelqu’un d’autre.

Elle m’avait parlé d’une pièce de théâtre qu’elle voulait qu’on aille voir toutes les deux. J’étais contente qu’elle ait envie de passer du temps hors du travail avec moi. La pièce ne me dit rien mais je suis prête à sortir et à découvrir. Ma ville la propose d’ailleurs dans son programme culturel de l’année et j’étais censée aller voir à la mairie si des places sont disponibles. Mais avec tout ça, je ne sais pas si elle est sincère. Elle m’avait dit aussi qu’on se ferait un restaurant et qu’elle me ferait découvrir un marchand de glaces par chez nous… mais rien. Rien que des paroles en l’air. Je sais bien que tenir ses promesses n’est pas une priorité absolue dans une vie.

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2017-09-15T21:10:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Nouveau-collegue Nouveau collègue Un nouveau collaborateur a rejoint notre équipe. Nous l'avions déjà rencontré la semaine dernière pour une participation à une formation en interne animée par des avocats. Du juridique en anglais avec nos chefs européens en prime. Je suis toujours impressionnée par l'énergie que ça demande de rester concentrer toute une journée dans une autre langue. Nous n'avons pas vraiment eu l'occasion de passer du temps avec lui ni de faire sa connaissance. Nous savions qu'il commençait aujourd'hui et que nous aurions largement le temps de le "cuisiner". Je ne sais pas si la première Un nouveau collaborateur a rejoint notre équipe. Nous l’avions déjà rencontré la semaine dernière pour une participation à une formation en interne animée par des avocats. Du juridique en anglais avec nos chefs européens en prime. Je suis toujours impressionnée par l’énergie que ça demande de rester concentrer toute une journée dans une autre langue.

Nous n’avons pas vraiment eu l’occasion de passer du temps avec lui ni de faire sa connaissance. Nous savions qu’il commençait aujourd’hui et que nous aurions largement le temps de le "cuisiner". Je ne sais pas si la première impression est toujours la bonne mais il en a fait des caisses. Au limite du supportable. J’ai fait mon maximum pour ne pas me faire influencer par mon autre collègue qui l’a recruté et qui le méprise déjà. Tout le monde a le droit à sa chance.

Il y a bien quelques propos que j’ai relevés le premier jour. Notamment le fait qu’il ait lynché sa femme à quatre reprises en moins d’une demie journée. Je trouvais ça tellement gratuit et méchant. Je veux dire : sauf erreur de ma part vous vous êtes choisis et engagés. Est-ce que ce n’est pas le minimum de respecter intimement et publiquement la personne avec qui on a choisit de partager sa vie ? Surtout quand elle n’est pas là pour se défendre. Bref une attitude misogyne n’est pas la meilleure entrée en matière pour quelqu’un qui intègre une équipe composée exclusivement de femmes.

Si il a été choisi au bout de ce processus de recrutement sans fin, c’est qu’il doit bien valoir quelque chose ce petit homme.

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2017-09-12T19:31:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Aux-appels-manques Aux appels manqués Quand mon téléphone sonne, je regarde l'écran et je me demande si il est bien utile de décrocher. Un nom familier s'affiche et malgré ça je me pose la question : je décroche ou pas ? Qu'est-ce que vous feriez à ma place ? Mon père, mes beaux-pères, mon frère, mon oncle ont mon numéro mais ils ne m'appellent jamais. Au moins ils ne font pas semblant de faire semblant. A la rigueur, un SMS de l'un pour me dire qu'il peut passer chez moi ou de l'autre pour m'autoriser à passer chez lui. Ce n'est jamais une invitation lancée du fond du coeur. C'est plutôt une alerte pour me Quand mon téléphone sonne, je regarde l’écran et je me demande si il est bien utile de décrocher. Un nom familier s’affiche et malgré ça je me pose la question : je décroche ou pas ? Qu’est-ce que vous feriez à ma place ?

Mon père, mes beaux-pères, mon frère, mon oncle ont mon numéro mais ils ne m’appellent jamais. Au moins ils ne font pas semblant de faire semblant. A la rigueur, un SMS de l’un pour me dire qu’il peut passer chez moi ou de l’autre pour m’autoriser à passer chez lui. Ce n’est jamais une invitation lancée du fond du coeur. C’est plutôt une alerte pour me prévenir qu’à ces moments-là ils ont un peu de temps à perdre.

Aujourd’hui, tout comme j’arrive à ne pas décrocher (et même à ne pas rappeler quand je me sens très forte), j’arrive à leur dire non, à protéger ma volonté et mon espace vital.

Il n’y a que deux numéros entrants : ma mère et mes grands-parents. Si j’hésite tant à répondre, c’est que je sais (à quelques mots près) quels sont leur genre de discours.

Ma mère n’est plus une mère pour moi depuis longtemps. Ce rôle, comme un vêtement, ne lui va plus. Je l’ai rangé dans la penderie des places à prendre dans ma vie. Je m’entends mieux avec elle depuis qu’on ne vit plus ensemble. Depuis qu’elle a quitté le foyer d’abord puis lorsque j’ai pris mon indépendance. Elle est probablement plus présente aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été par le passé. Il lui arrive encore d’essayer d’enfiler sa robe de maman de temps en temps. Trop juste ou mal taillée. Nous (mon frère et moi) sommes des adultes aujourd’hui. Autant nous n’avons plus les mêmes besoins, autant elle ne peut plus nous traiter comme elle aurait pu le faire si ça nous semblait légitime.

Un appel de sa part signifie généralement qu’elle traverse une période de frustration et/ou de paranoïa. La plupart du temps, je ne ressens pas l’envie de lui confier quelque chose ni même de lui parler. Depuis toujours, les sujets que j’essaie d’aborder avec elle dérivent vers sa personne. Elle se sent inévitablement attaquée même si dans les faits rien de ce qui est évoqué ne lui est arrivé. Quand il lui arrive d’en reparler, elle est persuadée de l’avoir lu quelque part sans se rappeler où… Je ne sais pas si je suis claire.

Ce que je peux vivre est totalement secondaire, transparent et systématiquement ramené à son propre vécu et ses expériences. Extrapolées et modifiées au besoin. Elle ne m’écoute jamais parce qu’elle a un besoin viscéral d’être au devant de la scène. Elle aussi a oublié que je suis sa fille et que je pourrais, si je me considérais comme telle, prétendre à certains droits. Elle ne respecte pas mes convictions, mon histoire et mes valeurs, construites pierre par pierre au fil des années. A être la mère de mon frère, à être ma mère et mon père à la fois. Elle me voulait différente tandis que je ne cherchais qu’à faire ma connaissance et à vivre ma propre vie.

Mes grands-parents ont choisi de s’éloigner de la région parisienne. Je crois qu’ils n’ont pas évalué à ce moment-là que cela signifiait également mettre de la distance avec leur famille et s’isoler de tout. Alors ils s’ennuient dans leur programme bien arrêté sur le rythme d’une journée. Il est impensable qu’il n’en soit pas de même pour les autres. Il est inconcevable que je ne sache pas à l’avance ce que je vais faire heure par heure sur les deux prochaines semaines. Je ne suis pas parfaite mais nous avons clairement chacun nos angoisses à notre façon.

A chaque jour sa sortie dans un périmètre et des heures bien précises. La mer ? Trop de vent : ça fait froid, ça décoiffe, c’est humide, ça laisse du sel dans les cheveux… La campagne ? Avec ses routes étroites, ces cailloux qui tordent les pieds, ces champs qui ne s’arrêtent jamais… On aurait pu croire au bonheur d’avoir un peu de tout à porter de main et de voiture.

Quand je vais les voir, éternelle rebelle, je me régale de tous ces éléments qui me fouettent et me ravigotent !

Je suis leur petite-fille qui ne va jamais bien même quand elle affirme le contraire, qui est toujours fatiguée quand on l’appelle en fin de semaine. On l’appelle parce qu’elle ne nous appelle jamais même quand c’est elle qui a fait le numéro. On parle de la météo et, comme rien de bon ne peut arriver, on ne croit pas qu’il puisse faire beau ailleurs parce qu’on ne voit jamais le ciel plus loin que celui de la fenêtre de la cuisine. On raconte la vie des voisins : la grossesse de la femme, la voiture du bonhomme dont la plaque d’immatriculation ne vient même pas d’ici qui se gare ici puis là, le palmier dans leur jardin… On n’est pas intrusifs. Pas du tout ! La mauvaise foi ? Jamais ! On entend mal même quand on entend bien. A notre âge, on a le droit d’entendre ce qui nous arrange. Dans le pire des cas, on forcera le passage : on marchera sur les fleurs, on piétinera la bonne humeur, on réduira ta volonté et tes nouveaux espoirs à des illusions qui rentreront dans la normalité qui nous convient.

Depuis peu, j’ai décidé d’espacer mes appels pour espacer les remarques déplaisantes, rabaissantes et culpabilisantes que je me prends à chaque fois. Ce n’est pas moins les aimer, c’est moins leur tendre la perche pour me faire du mal et me démoraliser. Parce que je me sens vraiment mal quand je raccroche. J’ai compris que si je veux mieux me connaitre et laisser les autres me découvrir, je ne peux pas me reposer sur ces lavages de cerveau hebdomadaires. Tous ces mots qui arrivent à me persuader que je ne vaux rien et que je ne suis pas une bonne personne. La vérité, c’est que je n’en sais rien encore mais que j’aimerais bien le découvrir et m’en laisser l’opportunité.

Je pensais écrire une lettre à toutes ces personnes pour leur dire noir sur blanc ce que j’éprouve à chaque fois qu’on se voit, à chaque fois que nos voix se croisent. Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Les écrire, ne serait-ce que pour moi, sans forcément les envoyer, pourrait déjà m’aider et me faire du bien.

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2017-09-10T18:30:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Travailler-pour-s-oublier Travailler pour s'oublier Le sentiment d'abandon se creuse et se précise. Je suis à fleur de peau. Je n'avais pas été aussi fragile depuis des mois. J'ai appelé le CMP pour être sûre qu'on ne m'oublierait pas, qu'on ne me laisserait pas faire une rechute. Il me fait peur ce mot. On doit me rappeler "peut-être la semaine prochaine". Sans certitude. Je ne me sens en sécurité qu'à la maison. Si je mettais écoutée, j'y serais restée toute la semaine sans donner signe de vie. Mais je sais qu'être enfermée entre quatre murs avec l'intrusion intempestive d'idées noires ne m'aidera pas. Ca ne m'a jamais Le sentiment d’abandon se creuse et se précise. Je suis à fleur de peau. Je n’avais pas été aussi fragile depuis des mois. J’ai appelé le CMP pour être sûre qu’on ne m’oublierait pas, qu’on ne me laisserait pas faire une rechute. Il me fait peur ce mot. On doit me rappeler "peut-être la semaine prochaine". Sans certitude.

Je ne me sens en sécurité qu’à la maison. Si je mettais écoutée, j’y serais restée toute la semaine sans donner signe de vie. Mais je sais qu’être enfermée entre quatre murs avec l’intrusion intempestive d’idées noires ne m’aidera pas. Ca ne m’a jamais aidé. Je dois rester connectée à ma vie sociale même si elle est finalement assez routinière. Je dois m’occuper l’esprit et je le comble par le travail. Beaucoup.

Je ne sais pas si j’ai bien fait d’en parler à ma manager. Le but de la démarche n’était pas d’attirer son attention ni de vider mon sac. On a toutes les deux d’autres choses à faire. Je voulais simplement la prévenir que ma vulnérabilité pourrait me rendre temporairement inapte et qu’en cas de grosse crise j’irai aux urgences avant de me mettre en danger. Juste histoire qu’elle ne panique pas et que quelqu’un pense à prendre le relais. Aller chercher le courrier, à faire toutes ces petites choses qu’on ne remarque jamais par habitude…

J’ai un peu honte d’être allée la voir pour lui raconter cette partie de ma vie, de ma personnalité. Elle m’a vu entaillée. J’assume. D’un autre côté, je préfèrerais toujours la vérité à la rumeur ou aux idées reçues. Je suis assez hermétique comme collègue. Je ne suis pas très bavarde. Je n’aime pas beaucoup les questions personnelles au travail. Je raconte peu ma vie. Je ne sais pas si c’est parce qu’il y a très peu de choses à en dire ou simplement parce que je suis convaincue d’être ennuyeuse comme la pluie et de nature triste. Ou juste parce que ça ne regarde que moi, que je ne suis pas là pour ça.

Quand on me demande d’où je viens, ce que j’ai fait et été pour devenir la personne que je suis aujourd’hui… A chaque fois que je dois me raconter… Je fuis. C’est toujours mieux que d’exposer toutes mes cicatrices plus ou moins fraiches, d’avoir à me justifier sur pourquoi il me faut plus de temps que les autres pour me relever, pour passer à autre chose. Pourquoi il me faut longtemps pour avoir confiance en l’autre et l’éternité pour avoir confiance en moi.

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2017-09-08T19:27:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Vide-dressing Vide-dressing Dans la foulée, j'ai pris la décision matinale de faire un grand nettoyage dans mes placards. Il m'arrive de le faire quand je me sens très bien ou très mal. Je suis prise d'une frénésie de me débarrasser d'un maximum de choses inutiles, que je ne porte pas ou plus. Au milieu des vêtements usagés, déformés, troués, dépareillés, certains vêtements achetés sur un coup de tête il y a plusieurs années portent encore leurs étiquettes... Quel gâchis ! D'autres sauront en faire meilleur usage. Dans la foulée, j’ai pris la décision matinale de faire un grand nettoyage dans mes placards. Il m’arrive de le faire quand je me sens très bien ou très mal. Je suis prise d’une frénésie de me débarrasser d’un maximum de choses inutiles, que je ne porte pas ou plus.

Au milieu des vêtements usagés, déformés, troués, dépareillés, certains vêtements achetés sur un coup de tête il y a plusieurs années portent encore leurs étiquettes… Quel gâchis ! D’autres sauront en faire meilleur usage.

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2017-09-01T17:22:47+02:00
http://lou.journalintime.com/La-derniere-fois La dernière fois Parce qu'il y a eu la première, il vient d'avoir la dernière fois. Hier soir, c'était la dernière fois que je voyais mon psychologue. Enfin, ce psychologue puisqu'il ne peut plus être le mien et qu'il quitte le CMP pour de nouvelles aventures professionnelles. C'est étrange de se dire que cette personne, cet inconnu, part avec certains de mes souvenirs. J'ai toujours été impressionnée par sa capacité à se rappeler chaque chose. J'aimais cette considération que tout a son importance. La dernière image que je le lui ai laissée n'est pas forcément la plus brillante. D'autant plus Parce qu’il y a eu la première, il vient d’avoir la dernière fois. Hier soir, c’était la dernière fois que je voyais mon psychologue. Enfin, ce psychologue puisqu’il ne peut plus être le mien et qu’il quitte le CMP pour de nouvelles aventures professionnelles. C’est étrange de se dire que cette personne, cet inconnu, part avec certains de mes souvenirs. J’ai toujours été impressionnée par sa capacité à se rappeler chaque chose. J’aimais cette considération que tout a son importance.

La dernière image que je le lui ai laissée n’est pas forcément la plus brillante. D’autant plus que j’avais bien remonté la pente depuis le début d’année et qu’il a estimé que je n’allais pas bien. Je ne l’avais pas vu depuis début août. Un mois peut vraiment être long lorsqu’on a le coeur gros. Hier, mon coeur était lourd et plein. J’ai énormément pleuré. Comme au début ou presque. Je pleurais déjà dans le bus à dire vrai.

Il m’a dit que quelque chose avait changé depuis que j’avais eu mon permis, que j’avais perdu de ma confiance en moi et que je laissais les choses m’atteindre à nouveau alors que je commençais à les laisser glisser… Il faudrait que je me reprenne. Ou qu’on me sauve.

Cela fait déjà plusieurs jours que je ne me sens pas spécialement bien, que je ressasse des instants pénibles ou monotones du quotidien et d’autres choses - précieuses et intenses - qui sont comme ancrées en moi. Ma gorge se noue de larmes à l’évocation d’un détail, d’une odeur qui vient réveiller instantanément un manque comme un creux dans mon ventre. Même mon corps est plus réceptif, plus sensible. J’avoue que je suis un peu perdue et fragile en ce moment sans que je puisse me l’expliquer.

Quand vient l’heure du coucher, je verse toujours quelques larmes. Mon masque tombe et apparait alors la fatigue du quotidien, le vide du lit et l’immensité de l’appel du sommeil. Je suis en sécurité chez moi. J’ai bien souvent mon livre à la main et je ne me décide à l’ouvrir que quand je suis certaine que cette journée est bien derrière moi et que je peux commencer à ne plus penser à rien. Je fais aussi un exercice de mémoire, comme pour tester ma lucidité de la veille : où est-ce que je me suis arrêtée ? de quoi parle l’histoire ? à quel chapitre me suis-je arrêtée ? C’est le meilleur moment de la journée. Celui où je m’évade de mon existence pour m’infiltrer dans celles imaginées par un autre.

On ne s’est pas dit adieu. On ne s’est pas dit au revoir non plus. Je ne sais pas si j’entendrais un jour à nouveau quelqu’un prendre de mes nouvelles sans que cela soit une phrase de salut (j’ai remarqué qu’on dit tout le temps "ça va ?" de façon très mécanique), sans que cela soit son métier. Je ne sais pas si je vais être rappelée pour continuer à être suivie. Je ne sais pas si je suis prête à changer d’interlocuteur. Je ne suis pas sûre d’en avoir envie.

Seul le retour jusque chez moi m’a laissé cette impression de prise de distance. Je me suis dit : "est-ce que tu te rends compte que c’est peut-être la dernière fois que tu fais ce trajet, que tu franchis cette grille, que tu attends ce bus...?". Je comptais m’abandonner dans ma musique et laisser les larmes coulées librement jusqu’à ce que le chauffeur annonce qu’il ferait terminus à la sortie de la ville.

Je me suis retrouvée au milieu de nulle part devant le panneau de la ville barré sans trop savoir quoi faire et où aller. J’ai failli prendre un taxi pour honorer cette dernière fois comme une diva. Mais j’ai finalement gagné la gare à pieds. Plus raisonnable. Définitivement moins cher. Et puis, c’est aussi de cette façon que je suis venue la première fois. La boucle est bouclée.
La nuit s’étirait, la température baissait et je ressentais une forme de soulagement. D’avoir passé ce cap ? d’avoir trouvé une autre façon de rentrer chez moi ? d’être sortie de mon itinéraire habituel ? ou juste d’avoir la fin que je méritais ? Je n’en sais rien. Mais tout est différent.

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2017-09-01T16:59:00+02:00
http://lou.journalintime.com/Nouveau-JI Nouveau JI Cela faisait quelques mois que je pensais à rouvrir un journal ici mais je n'avais pas vraiment de raison de le faire. Ou plutôt si mais tout cet épanchement, est-ce que ça me ressemblait toujours ? Est-ce que je n'ai pas progressé du tout ? La première fois que j'ai ouvert un journal, cela me permettait surtout de tenir le coup et d'écrire plus vite que sur le papier entre deux rendez-vous avec mon psychologue. L'autre jour, il m'a annoncé qu'il serait muté début septembre. J'ai eu un silence mais il n'y a strictement rien à faire devant un fait accompli. Je pense même que ça Cela faisait quelques mois que je pensais à rouvrir un journal ici mais je n’avais pas vraiment de raison de le faire. Ou plutôt si mais tout cet épanchement, est-ce que ça me ressemblait toujours ? Est-ce que je n’ai pas progressé du tout ?

La première fois que j’ai ouvert un journal, cela me permettait surtout de tenir le coup et d’écrire plus vite que sur le papier entre deux rendez-vous avec mon psychologue. L’autre jour, il m’a annoncé qu’il serait muté début septembre. J’ai eu un silence mais il n’y a strictement rien à faire devant un fait accompli. Je pense même que ça avait commencé bien avant qu’il ne fasse ce choix : le CMP a déménagé à une heure de chez moi au lieu de 10 minutes à pieds. Je continuais à y aller et je rentrais tard par les bus de nuit…

Quoiqu’il en soit, je suis bien placée pour comprendre ce besoin de changer d’environnement. De s’éloigner de certaines choses, de se rapprocher d’autres - surtout quand on a une vie de famille. Je suppose que cela comporte forcément des ruptures d’un côté et la construction de nouveaux ponts de l’autre.

Je me suis demandée ce que ma vie deviendrait sans être suivie par cette personne qui me connait très bien maintenant. Bien mieux que les membres de ma famille. Je sais que je n’ai pas envie de reparler de certaines choses. Du passé surtout. Je veux aller de l’avant et cette personne a fait ce qu’elle a pu pendant ces deux dernières années.

C’est aussi peut-être le temps pour moi d’apprendre à voler de mes propres ailes, à gérer mes démons, mes contrariétés et mes angoisses sans dépendre de la rationalité d’un autre. Pendant deux ans, il m’a montré comment faire dans certaines situations. J’ai juste très peur de tout perdre, tout ce que j’ai acquis, tout ce travail fait sur moi et cette tendance à "stocker" mes maux pour les libérer sans retenue quand j’avais ce temps pour moi…

Rien que de l’écrire, je repense à ces deux années passées et je réalise tout ce que j’ai entrepris.
La décision de me soigner l’esprit et le coeur même si pour ça il a fallu tout arrêter. C’est probablement le meilleur service que je me suis rendue à ce jour.
Je suis passée aux urgences un certain nombre de fois. J’ai séjourné au pavillon psychiatrique qui m’a réorienté vers des soins plus abordables pour mon porte-monnaie en cohérence avec ma dépression.
J’ai vu des infirmières avant d’être médicamentée par une psychiatre et suivie en psychothérapie. J’ai dû remuer le passé, le revivre, le souffrir à nouveau pour essayer, aujourd’hui, de me projeter enfin dans ma vie. J’ai retrouvé un travail et un semblant de vie sociale (même si il y a encore du boulot à faire). J’ai changé de numéro de téléphone. Je suis indépendante : j’ai un toit au-dessus de la tête, un frigo plein et parfois même un peu de sous pour céder à mes caprices. J’ai eu mon code, j’ai passé mon permis de conduire. J’ai même effleuré le permis d’aimer mais ça, ça sera peut-être pour une prochaine fois. Je parle moins donc mieux à mes parents. Je materne moins mon frère. Je vais deux fois par semaine à la salle de sport. Enfin, je viens d’avoir 30 ans.

Jusque là, je n’ai pas fait grand chose de la vie dans ma vie. Ce que les autres arrivent à faire ou à reproduire avec une facilité déconcertante et que j’ai envie d’essayer moi aussi. Il reste encore des bouts de moi à recoller et je dois parfois remettre une couche de plâtre dans les fissures du mur de ma vie. Il me reste du chemin à parcourir et je veux pouvoir lâcher prise quelque part si je ne peux plus être suivie.

Et je veux pouvoir me relire - pour me faire rire ou me faire pitié mais me dire que tout ça, c’est à moi que c’est arrivé ; tout ça, c’est moi.

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2017-08-26T17:11:00+02:00